'Mes sujets sont ma duplication'
Zohak faisait tout pour que s'accomplissent les promesses du voyageur. Il s'appliquait à couvrir l'empire des signes distinctifs de sa personne, de sorte que l'Iran soit un miroir du roi et de ses fantaisies. Ainsi, il osa soutenir cette hérésie inouïe, qui fit frémir les mobeds : que si le souverain était unique, son peuple se devait de l'être aussi. Tous, Mèdes, Mannéens, Lyciens et Perses, se devaient d'oublier ce qu'ils étaient, oublier leurs langues et leurs origines pour adopter celles du roi.
Et les mobeds avaient pâli.'Mes sujets sont ma duplication'
- Mais Sire, un roi doit régner sur la pluralité du monde, il doit rassembler en lui tous les caractères du monde.
Mais le roi avait secoué la tête, avec son inimitable sourire. Et il répondit que non, que c'était au monde pluriel de s'unifier sous un monarque singulier, afin de ne plus ressembler qu'à lui. Et dans les écoles, on ne parlerait plus que la langue du roi et chaque nouveau-né devait être nommé dans la langue du roi. Et il advint une chose étonnante : chaque règne connaît ses opposants et ses bannis, mais sous le règne de Zohak, les mots eux-mêmes furent mis hors-la-loi. Et le roi se réjouit car il avait atteint ce qu'il désirait : un univers singulier, calqué sur sa personne. Et tout ce qui n'émanait pas de lui était retranché du monde."
• S. Alexie, Kawa le Kurde, roman, L'Harmattan, "Lettres kurdes", 2005.
• S. Alexie, Kawa le Kurde, roman, L'Harmattan, "Lettres kurdes", 2005.




